dimanche 13 avril 2014

Les cultures : unicités et dynamiques


C. LEVI-STRAUSS dans Race et histoire : « la diversité des cultures humaines ne doit pas inviter à une observation morcelante ou morcelée. Elle est moins fonction de l’isolement des groupes que des relations qui les unissent ».

Cette remarque tient en effet, selon lui, à ce que la diversité des cultures peut être due à deux éléments : l’isolement d’un groupe social, qui évolue seul et sans lien avec les autres groupes sociaux et donc construit une culture propre, mais aussi et surtout la proximité des groupes qui les conduise au désir de se distinguer, d’être soi. Cette affirmation identitaire se réaliserait alors par opposition avec les groupes proches.

En effet, la plupart des sociétés humaines sont en contact, et nous serions tentés de dire, de plus en plus. Dans le même opus, C. LEVI-STRAUSS voit d’ailleurs dans la collaboration, inconsciente ou non, l’explication des grandes avancées technologiques et intellectuelles réalisées par les sociétés. Comment ne pas le lui accorder lorsque l’on se retourne sur le passé : la civilisation arabo-musulmane du VIIIème au XIIème siècle n’a-t-elle pas connu son apogée grâce à l’extraordinaire union des cultures phéniciennes, perses, chaldéennes, égyptiennes conquises, ainsi que des cultures chinoises ou surtout grecques ou indiennes qui les bornaient ? Et ce type d’exemple pourrait se multiplier à l’envi.

Alors, et comme nous y invite A. JACQUARD[1], aimons nos différences. Mais sans nous tromper sur la nature de celles-ci. En effet, si A. JACQUARD ne renie pas complètement, en soi, la notion de race, comme une tentative de classification inhérente à la pensée humaine, il la remet en cause dans le cas de l’espèce humaine car « les groupes humains n’ont jamais été séparés durant des périodes suffisamment longues pour qu’une différenciation génétique ait pu se produire ». Et d’ajouter : « ce n’est pas entre les groupes mais entre les individus que nous constatons la plus grande diversité ».

Dès lors, la différenciation entre groupes humains existe, mais elle ne peut être que sociale. Ou, pour reprendre M. CAHEN[2] : « l’identité ethnonationale certes relève de l’imaginaire […], mais l’imaginaire ne saurait être confondu avec l’inexistant ». Il relève ainsi que le « primordialisme [l’attitude consistant notamment à justifier la différenciation ethnique sur des critères biologiques et génétiques] insiste non seulement sur la question des origines, dont tout chercheur en sciences sociales sait qu’elle est mythique, mais aussi sur le maintien immuable de certaines caractéristiques. […]. [Malgré] le métissage permanent, le lien aux formations sociales, enfin le fait que les identités ne sont pas un état mais une trajectoire, il n’en reste pas moins que dans la conscience des leurs individus porteurs, elles sont ressenties comme un état : les ethnies et les nations ont la plupart du temps la sensation d’exister depuis toujours et fabriquent leurs traditions ».

Ainsi nos différences sont une richesse certes, mais la nature de celles-ci et le sentiment d’appartenance ne peuvent être fondés sur une « essence » du groupe. Ils résultent d’une construction qui, à ce titre, est dynamique.
Et si nous voulions pousser la réflexion sur les relations entre ethnies, nations et Etat, nous pourrions nous reporter aux publications de M. CAHEN qui, en tant que spécialiste de l’Afrique lusophone, nous éclaire sur nos propres sociétés en portant le regard sur la situation ethnico-politique de l’Afrique.



[1] Eloge de la Différence, la génétique des hommes, Albert JACQUARD. A. JACQUARD fut directeur du service génétique de l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques).
[2] La nationalisation du monde, Europe, Afrique, l’identité dans la démocratie, M. CAHEN, L’Harmattan

vendredi 28 février 2014

La culture comme écarts différentiels

En évoquant la culture, C. LEVI-STRAUSS affirme « qu’il y a toujours un écart différentiel qui ne peut être comblé ». Provenant de l’un des plus grands ethnologues et penseurs du XXème siècle français, cette humilité quasi-socratique est un rappel à la modestie dans la connaissance de l’Autre.

Nos préjugés ethnocentriques, dans un sens ou dans l’autre, induisent toujours une difficulté de compréhension de l’Autre, d’autant plus que les cultures sont éloignées et que leurs références sont distantes. Dans La Pensée Sauvage, C. LEVI-STRAUSS met par exemple l’accent sur les modalités de représentation de la société des peuples dits totémiques, fondant leur vision du monde et leurs représentations sociales sur une analogie avec la nature. Cette représentation sociale et cette conception du monde induisent nombre d’incompréhensions dans nos sociétés occidentales qui elles se définissent plus par rapport à l’histoire et à une vision du progrès.

Egalement pour illustrer le propos, Michel SAUQUET se réfère à une légende chinoise qui illustre la propension de chacun à percevoir le monde à travers ses propres références culturelles : « un poisson demande à un ami crapaud de lui raconter la terre ferme. […] Le crapaud lui explique longuement la vie sur terre. […] et à la fin, il demande au poisson de lui répéter ce qu’il vient de dire. Et le poisson de répondre : «Drôles de poissons, dans ton pays ! Si je comprends bien, il y a des poissons qui volent, les grains de poisson sont mis dans des sacs, et on les transporte sur des poissons qui sont montés sur quatre roues ». 

Ainsi, sans nier notre identité humaine, il semble bien que les sociétés ont adopté une conception du monde, du collectif, de la nature, de l’univers, du temps, de la place de l’homme en son sein (parler de place de l’homme nous fait déjà basculer dans une perception humano-centrée plutôt « occidentale »), très différentes, qui peuvent provoquer des incompréhensions, voire de la violence.
Cette remarque ne doit pour autant être un renoncement à la rencontre de l’Autre, mais au contraire une lucidité sur les déductions ou les conclusions que chacun pourra tirer. D’ailleurs, cette citation de C. LEVI-STRAUSS sur les écarts différentiels a été utilisée par C. ALBANEL, alors ministre de la Culture, en introduction du dossier sur la diversité culturelle[1] comme un appel au dialogue et à la compréhension de l’Autre, élans qui sont au cœur de l’approche interculturelle et des ambitions du projet OWIWO.

Dès lors, le propos de C. LEVI-STRAUSS résonne comme un appel à la remise en question : nous sommes des animaux culturels et à ce titre enclins à l'ethnocentrisme. L'approche interculturelle est alors source de richesse humaine et intellectuelle, notamment dans notre compréhension du monde, de notre monde. Rien n'est moins faux et irritant que ce stupide adage selon lequel "le monde serait petit", prononcé idiotement lorsque nous croisons une personne de notre sphère culturelle dans une manifestation de notre monde social, alors même que nous éprouvons les pires difficultés à rencontrer ceux qui ne sont pas "nous".

Enfin, cette différenciation entre le "nous" et "l'Autre" est elle-même une construction sociale et psychologique. Une construction à laquelle nous ne pouvons échapper étant ce que nous sommes, des animaux culturels. P. BOURDIEU insistait  par exemple sur l’importance de l’écart (encore une fois) dans la définition de la culture, en argumentant que la « culture est la capacité à faire des différences. L’aptitude à distinguer, à ne pas confondre, à ne pas amalgamer ». On se trouve là sur une dimension plus large des écarts que celle citée précédemment, car liée à la capacité humaine à classer, à classer non seulement les éléments naturels, mais également à se classer eux-mêmes, en tant que groupes sociaux distincts.




[1] http://www.culture.gouv.fr/culture/editions/documents/cr114-115_p4-5.pdf

dimanche 5 janvier 2014

Multiplicité des cultures

La culture ainsi définie apparaît comme un élément central de la construction identitaire individuelle et collective. Cependant, si en cette époque où l’attention publique se porte sur le débat sur l’immigration, les roms ou le choc des civilisations fait vendre, il ne faut pas occulter ou minimiser la complexité de cette notion d’identité culturelle.

En effet, tout d’abord, au même titre qu’une ethnie est une construction sociale nourrissant un sentiment identitaire et culturel, M. CAHEN[1], d’obédience marxiste, met l’accent sur la force de la notion de classe sociale dans la construction identitaire (ex : la classe des ouvriers), de manière complémentaire à celle de culture vue comme distance géographique entre nations. Cette question soulève naturellement le débat sur ce qu’est une conscience de classe, mais l’objectif ici est surtout d’élargir la vision sur ce qui fournit des « traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social », pour reprendre la définition de la culture de l’UNESCO citée précédemment. En effet, les dimensions sexuelles, générationnelles, professionnelles, régionales, religieuses peuvent également, au moins partiellement, répondre aux définitions citées dans le deuxième post.
Par ailleurs, la culture ressemble presque à un ensemble de poupées russes. De fait, nous pouvons être attachés à plusieurs couches : celle de son village, de sa ville, de sa région, de son pays, voire une couche européenne ou encore « occidentale », et tout cela en même temps, à des degrés divers.
Enfin, en évoquant rapidement la notion d’identité, nous sommes naturellement portés à nous questionner sur son origine, ainsi que sur ce qui guide nos parcours. S’il est compliqué de distinguer clairement ce qui provient de déterminismes (social, culturel, de genre, …) et ce qui relève du choix et de la liberté, P. BOURDIEU utilise l’intéressant concept d’habitus, défini comme « un ensemble de dispositions durables, acquises, qui consiste en catégories d’appréciation et de jugement et engendre des pratiques sociales ajustées aux positions sociales »[2]. Cet habitus fonctionne comme un subconscient, qui permet à un individu dans une position sociale, d’agir la plupart du temps dans l’espace social conformément à ce que celui-ci requiert et demande : « comment ne pas reconnaitre en effet que les « choix » du « sujet » « libre » et « désintéressé » qu’exalte la tradition ne sont jamais totalement indépendants de la mécanique du champ, donc de l’histoire dont il est l’aboutissement et qui reste inscrite dans ses structures objectives et, à travers elles, dans les structures cognitives, les principes de vision et de division, les concepts, les théories, les méthodes mis en œuvre, jamais totalement indépendants de la position qu’il occupe dans ce champ »[3]. Mais le degré auquel un habitus est « systématique et constant dépend des conditions sociales de sa formation et de son existence » : un habitus n’est pas un déterminisme implacable et immuable.
Ainsi, nous sommes guidés par nos prédispositions qui sont le fruit d’interactions avec le monde social. L’habitus rend possible la vie en société. Il ne nous est pas nécessaire, comme dans un contexte culturel fondamentalement différent, de réapprendre toutes les règles sociales en permanence. Mais l’habitus a également une influence sur nos processus cognitifs qui peut conduire à l’incompréhension culturelle, car son aspect « naturel » nous fait oublier à quel point notre vision du monde est issue d’un contexte social, historique, culturel donné. Nous le remarquons par exemple avec la question des roms : il n’est pas illogique que la rencontre d’une part des individus éduqués par un Etat-Nation et sur les principes de liberté individuelle et d’autre part des populations nomades où le rôle de la communauté est central fasse naître des tensions. Nous rentrons là au cœur du sujet de l’interculturalité, qui sera développé par la suite, et qui est l’un des éléments de la démarche du projet Owiwo.

Au passage, un Ted'x sur les roms qui, même si on peut discuter 2/3 détails, reste très intéressant :
Ted'X : Les Roms, derniers porteurs de notre culture d’origine




[1] M. CAHEN, La nationalisation du monde, L’Harmattan, 2010
[3] P. BOURDIEU, Méditations pascaliennes

lundi 2 décembre 2013

Cohérence et relativité des systèmes culturels


M. ABDALLAH-PRETCEILLE[1] attache à la culture une double fonction : « une fonction ontologique, qui permet à l’être de se signifier à lui-même et aux autres, et une fonction instrumentale, qui facilite l’adaptation aux environnements en produisant des comportements, des attitudes ».
Peut-être en raison de cette deuxième fonction, peut-être en raison de sa nature propre, la culture constitue une unité cohérente qui influence notre rapport au monde.
Etudiant les peuples primitifs, C. LEVI-STRAUSS a en effet souligné la cohérence des systèmes culturels. Dans La Pensée Sauvage, il met en lumière combien les aspects matériels (échanges économiques organisation du camp, patronymie, ...) sont liés à la vision cosmologique de l'univers des tribus. Structuration sociale, rapports matériels, spiritualité, ces différents éléments d'une culture ne peuvent s'analyser séparément.
Ce qui est  vrai pour les peuples primitifs s'applique également à nos sociétés. Il serait en effet dérisoire de critiquer notre système politique sans comprendre qu'il fait partie d'un système : la séparation entre le citoyen et l'individu, qui conduit à fonder la démocratie sur la représentation et non plus sur un exercice direct du pouvoir, est intrinsèquement lié à l'avènement de l'humanisme et de la liberté individuelle depuis le XVIIème siècle. Benjamin CONSTANT[2] affirmait ainsi que "le but des Modernes (au sens historique, c'est à-dire de la Renaissance  à la Révolution industrielle) est la sécurité dans les jouissances privées ; et ils nomment liberté les garanties accordées par des institutions à ces jouissances". Consacrant le primat de la liberté individuelle et de la valeur de l’être humain, nos sociétés ne peuvent que préférer le commerce à la guerre, la représentation à l'exercice constant du politique, le travail individuel à l'esclavage, l'autonomie à la solidarité mécanique des sociétés anciennes. L'affirmation de la liberté individuelle induit tout un système culturel cohérent qui ne peut se comprendre que dans sa globalité.
Et si parfois nous sous-estimons les effets systémiques des systèmes culturels, il nous est également difficile de concevoir l'influence culturelle sur nos systèmes de pensées qui le fondent. Pourtant, il semble bien que notre représentation de la réalité soit influencée par notre culture. A ce titre, Benjamin Lee WHORF, dans Linguistique et anthropologie[3], dira même que « nous disséquons la nature suivant des lignes tracées d’avance par nos langues maternelles. […].Le fait que les langues découpent la nature de diverses manières devient patent. La relativité de tous les systèmes conceptuels, y compris le nôtre, et leur dépendance à l’égard de la langue deviennent manifestes ».
Dans cette perspective, l’écrivain et philosophe Roger-Pol DROIT apporte d’ailleurs le témoignage suivant[4] : « chaque langue opère un découpage spécifique de la réalité, et met en œuvre des schémas qui lui sont propres. […].J’ai dû m’initier à d’autres langues, en particulier le sanskrit, pour découvrir de nouveaux paysages mentaux. Il m’a fallu quitter une certaine terre natale pour entrevoir des perspectives différentes ».
 
 

 




[1] M. ABDALLAH-PRETCEILLE, L’éducation interculturelle, Paris, P.U.F., « Que Sais-je ? », 2004
[2] Benjamin CONSTANT, Discours prononcé à l’Athénée Royal de Paris en 1819
[3] Cité dans Aux sources de la Civilisation européenne, Henri-Jean MARTIN, 2008
[4] Magazine CLES, octobre/novembre 2013



 

dimanche 3 novembre 2013

Définitions formelles de la culture

Afin de pouvoir rentrer dans le vif du sujet, nous ne pouvons pas omettre le passage quelque peu formel de la définition de la culture qui doit permettre au minimum de bien établir de quoi nous allons discourir par la suite.
En premier lieu, l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) en donne la définition suivante : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » Et d’ajouter : « toute culture représente un ensemble de valeurs unique et irremplaçable puisque c'est par ses traditions et ses formes d'expression que chaque peuple peut manifester de la façon la plus  accomplie sa présence dans le monde ».[1]

Pour compléter cette première définition, nous pouvons également revenir sur quelques définitions citées par Pascal PERRINEAU, dans son texte Sur la notion de culture en anthropologie[2]. Ainsi E.B. TAYLOR dans Primitive Culture la définit comme un « ensemble complexe qui inclut les connaissances, les croyances, les arts, les mœurs, les lois, les coutumes et toutes autres capacités et habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société ». De même, R. REDFIELD y voit « tout cet ensemble intégré et traditionnel de manières d’agir, de penser et de sentir qui donne son caractère au groupe social » et J. SOUSTELLE dans Les quatre soleils appelle culture « l’ensemble des comportements, croyances, techniques, rites, institutions qui caractérisent l’homme et les sociétés humaines ». Edward HALL[3] y ajoute la dimension tacite lorsqu’il considère la culture comme « un ensemble de règles tacites de comportements inculqués dès la naissance lors du processus de socialisation précoce dans le cadre familial », faisant dire assez poétiquement à Edouard HERRIOT, homme d’Etat français, que la culture est  « ce qui reste quand on a tout oublié ». Enfin, l’auteur cite M. MAUSS (Note sur la notion sur la civilisation), qui qualifie la civilisation, ce qui est également vrai pour la culture, comme « localisable dans le temps et dans l’espace ».

A partir de ces définitions, P. PERRINEAU met en lumière la dimension à la fois matérielle et spirituelle de la culture, qui comprend ce que Roger bastide nomme la culture explicite (les phénomènes matériels) et la culture implicite (savoirs, attitudes, valeurs partagées par les membres de la communauté). A ce propos, Michel SAUQUET fait référence aux anthropologues Kroeber et Kluckhohn en citant les cinq ingrédients composant la culture : comportements (habitudes, rites, …), savoir-faire (métiers et maitrise du langage), les produits matériels de ce savoir-faire (œuvres) et enfin les modes collectifs d’organisation.



[2] Pascal PERRINEAU, Sur la notion de culture en anthropologie, Revue française de sciences politiques, octobre 1975
[3] Edward HALL, La danse de la vie, 1945, cité dans l’article de Michel SAUQUET, L’intelligence de l’Autre

dimanche 22 septembre 2013

Nature contre culture

Ne sombrant dans la vision pessimiste, statique et sensationnaliste du "choc des civilisations", la notion d'interculturalité met l'accent sur l'aspect dynamique et interrelationnelle de la rencontre interculturelle.

Cependant, avant d'en arriver là, je me permets de faire partager quelques définitions de la culture. Le terme étant équivoque (il provient selon le dictionnaire de l’Académie française - 9ème édition- du latin cultura signifiant à la fois la culture de la terre et culture de l’esprit), nous nous concentrerons évidemment sur la dimension anthropologique et sociale de la notion.

Je propose d'ailleurs d'entamer la réflexion par l'un des éclairages de C. LEVI-STRAUSS qui rompt avec la dichotomie nature / culture pour mettre en lumière leur interrelation. En effet, il souligne qu’on « ne peut rien comprendre aux phénomènes sociaux si l’on commence par nier l’opposition, au moins logique, entre l’ordre naturel et l’ordre culturel. Cette opposition est celle de la règle et l’universalité, de l’obligation et de la nécessité. Elle répond à une à une distinction de domaines. […]. Dans un cas c’est le domaine de l’hérédité biologique, dans l’autre celui de la tradition externe. Un critère existe donc : partout où la règle se manifeste, nous savons être à l’étage de la culture ».[1]

Pour C. LEVI-STRAUSS, l’articulation entre nature et culture est à trouver dans la règle universelle (donc à la fois culturelle et naturelle) de la prohibition de l’inceste, et constitue le lien qui unit l’existence biologique à l’existence sociale. Ce lien est d’autant plus essentiel que sur le plan pratique « l’échange des femmes est un moyen d’assurer l’emboîtement des groupes sociaux »[2].

Ainsi donc la culture correspondrait au domaine de la règle. La caractéristique de la culture serait qu’elle est propre à un groupe donné, dimension sur laquelle reviennent les définitions plus « formelles » de ce terme, définitions qui seront l'objet du prochain billet.


[1] C. LEVI-STRAUSS, Race et Histoire, 1952
[2] C. LEVI-STRAUSS, La Pensée Sauvage, 1962

Owiwo, c'est parti

Salut à tous,

Ce blog vise à faire écho au projet Owiwo en abordant quelques-uns des thèmes de ses problématiques majeures.

En effet, Owiwo vise à contribuer à l’éducation à la citoyenneté internationale, ce en en allant à la rencontre de six pays (Maroc, Guinée, Bolivie, Canada, Indonésie, Roumanie) et autant d'associations. Owiwo a pour objectif de favoriser les échanges et la connaissance mutuelle entre organisations centrées autour de l’éducation et à susciter une ouverture interculturelle ou le développement d’actions dans le domaine.


A ce titre, ce blog visera à apporter quelques points de vue ou notions autour de ces thèmes, à commencer par une réflexion sur la culture, puis sur l’interculturalité, la notion de droits de l’homme, et autour de l’ensemble des thèmes qui gravitent autour de ces questions.

J’espère qu’il pourra contribuer de manière indirecte aux objectifs d’OWIWO, en suscitant réflexions ou débats !